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[i 562]
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DE LA VILLE DE PARIS.
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petit villaige qui s'appelle Ygoville '*' ; le landemain partirent de ce lieu et allerent loger devant le fort Saincte Katherine du Mont de Rouen, qui estoict le mardy, xxixe jour de Septembre vc lxii , jour Sainct Michel, et y arrivèrent environ sur les neuf heures du matin ; et à leur arrivée les huguenotz rebelles à Dieu et au Roy estans dedans ne furent chiches de saluer noz gens à grans coups de canon, tant que deux gentilzhommes de la compaignye de mons' d'Aumalle feurent si bien frappez que l'un mourut sur l'heure, et l'autre eust une jambe emportée d'un coup de canon, de sorte qu'iiluy fallut coupper lad. jambe.
. • Lés ennemys feirent incontynant une sortie fort bragarde et assez loing de leur fort, tellement que si nostre cavallerye eust esté prest, ilz s'estoient mis en hazart d'estre tous deffaictz devant que regaigner Ieur fort, et ne fut perdu homme de nom en lad. sortie que monsr de Geoist, qui fut tué d'un coup de pistolle par ung huguenot pendant qu'il en com-batoit ung autre, dont fut ung grant dommaige pour l'esperance que l'on avoit de luy.
Pour ce jour il ne feist autre chose, synon que l'on regarda de loger l'armée le plus commodement qu'il feust possible. Et après avoir donné ordre et veu tous les quartiers pour loger l'armée, l'on envoya chascun en son logis, et demeurèrent sans avoir aucune alarme.
Le landemain, l'on commença à faire les tranchées, et ce pandant l'on faisoict besongner en dil-gence aux gabions si bien que tout fut aussitost prest, l'un comme l'autre, sy bien que, le jeudy ensuivant, l'on commença à mettre quelques pieces sur la montaigne qui batoict quelques flans, tellement que à
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grant peyne les ennemys n'osoyent mectre le nez hors pour donner ordre à leurs affaires.
Le Roy de Navarre blessé, dont il mourut.
Le Roy de Navarre voullut aller veoir les tranchées, et permy la troupe qui estoict avecq luy fut frappé d'un coup de pistolle au bras, dont il garda le lict environ trois sepmaines, puis en mourrut'2'.
Monsr de Guise voyant que le canon n'y faisoict riens, il se délibéra de coucher aux tranchées, et y feist porter son pavillon pour estre plus prest des pionniers, et les faire besongner à sa fantaisye, et les feist tellement haster qu'ilz eurent gaigné le fossé en quatre jours; et en faisant ses approches, y eust beaucoup de cappitaines et bons soldatz blessez, dont aucuns sont mors, les autres guariz.
La prinse du fort Saincte Katherine du Mont de Rouen.
Le SIEGE DEVANT ROUEN.
Le sixiesme jour d'Octobre f3', qui estoict le mardy, se donna l'assault environ midy une heure, là où la Royne estoict presente, qui voyoict la vaillantisedes soldars qui combatirént aussi vaillenment que l'on sçauroict estimer, actendu qu'ilz assailloient le fort par l'endroict le plus fort, comme l'on a veu depuis; il y eust plusieurs cappitaines de gens de pied blessez (4), et entre les autres mons' de Randan y fut fort blessé de quelque esclat aux deux jambes, dont depuis il en mourrut, et fut fort regretté pour le grant espoir qu'on avoict de luy. Quant aux ennemys, il en fut tué environ deux cens cinquante, tant hommes que femmes'-), lesquelz furent suyvis de si près, tant hommes que femmes, eulx enfuyans, que
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f1) Igoville (Eure), arrondissement de Louviers, canton du.Pont-de-1'Arche.
(2' Cet événement, que le narrateur place dans son récit avant la prise du fort du Mont Sainte-Catherine, arriva le 15 octobre, pendant que le roi de Navarre visitait les tranchées, le jour d'un furieux assaut donné à la ville de Rouen par l'armée royale, et qui fut repoussé. Le président de Montfort, ambassadeur du duc de Savoie, racontant cet assaut, dit que ele Roy de Navarre reçut une ar-quèbusade au dessus de l'espaule gauche, joignant le bord du corselet, plongeant le coup en dedans et la balle est restée en dedans ». Catherine dé Médicis écrivait à M. d'Alluye : "Nous avons cuidé perdre mon frere, le Roy de Navarre, d'une harquebuzade qu'il a eue dans l'espaule, mais, Dieu mercy, il se porte bien, et espere qu'il n'en aura que le main. Ces espérances ne so réalisèrent point, Antoine de Bourbon mourut des suites de sa blessure, le 17 novembre, en arrivant aux Andelys. Charles IX annonça la mort du roi de Navarre à M. de Saint-Sulpice, en ces termes : «La blessure de mon oncle, le Roy de Navarre, l'a tellement travaillé avec une si continuelle et si violente fîebvre que finallement, le ix du present mois, quelques remeddes qui luy ayent peu estre donnez, Nostre Seigneur l'a appelé à soy, avec tant de cognoissance de luy et telle repentance et resolution, qu'il se peult dire avoir faict la plus belle et la plus saincte mort qu'il est possible». (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 420, 436, note; voir la relation de la mort du roi de Navarre, dans Cimber et Danjou, Archivés curieuses de l'histoire de France, 1"série, t. V, page 67.) • (3) C'est bien le mardi 6 octobre (et non le 8 octobre, comme le marque notre relation) que fut emporté d'assaut le fort de Sainte-Catherine (voir, p. i42 du présent Volume, la lettre de Catherine de Médicis annonçant la prise de ce fort).
W De Thou, dans son Histoire universelle, t. IV, p. 4a8, cite au nombre des officiers tués Confolans, La Bouverie et Revelles. (-) On veut.parler des habitants de la ville qui accouraient au secours du fort de Sainte-Catherine et qui furent enveloppés et massacrés.
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